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Le Roi a vécu, vive le Roi ! Le pouls de Madrid.

Du Prof. Dr. Hernán Adrián Gomez. Depuis quelques heures, le Roi d’Espagne a abdiqué en faveur de son fils, le Prince des Asturies, qui sera couronné sous le nom de Felipe VI. Ce n’est pas pour rien que le pouls de Madrid s’est accéléré. Cela fait 39 ans que Juan Carlos I règne en monarque accepté par la majorité des Espagnols, malgré les récents scandales personnels et financiers de la famille royale, qui pourtant, n’ont pas affecté jusqu’alors le Prince des Asturies.

Ce changement sur le trône des Bourbons n’obéit pas à la mort du Roi, mais à une abdication de son vivant. Nous vivons une époque de renoncements au trône, à commencer par Sa Sainteté Benoît XVI, suivie par la Reine de Hollande et maintenant par sa Majesté Espagnole. Le Roi a vécu, vive le Roi.

Tout Madrid semble vivre ces heures dans une apparente tranquillité, donnant pour acquis que cette abdication allait survenir, mais pourtant, elle est devenue le thème central des conversations dans toute la cité. Les taxis, les garçons de café, les élèves et le corps professoral de l’Université ne cessent de donner leur opinion et de parler sur le sujet. Ils discutent afin de savoir si le moment était idéal, sur l’opportunité de la décision, si cela représente une forme d’excuse face aux problèmes de la famille royale ou alors, s’il s’agit d’un noble geste du Bourbon après que sa patrie ait dû affronter la crise économique la plus dure de ces dernières années. Naturellement, il y a autant d’opinions que de Madrilènes.

Ce qui est certain, c’est que le Roi Juan Carlos vient d’abdiquer. C’est la nouvelle la plus importante de la journée et nous devons nous interroger sur ce que seront les prochains pas à suivre car bien que la Constitution espagnole établisse que l’héritier du trône est en effet le Prince des Asturies, le Parlement espagnol n’a jamais eu à approuver cette loi organique.

Le Roi a présenté son abdication et l’a communiquée au Chef du Gouvernement. Le Chef du Gouvernement, avec son Conseil des Ministres, remettra ce Projet de loi au Congrès des Députés qui devront l’approuver à la majorité absolue, comme l’exige l’article 81.2 de la Constitution espagnole. Une fois la loi approuvée, l’abdication deviendra effective. La prochaine étape sera la proclamation du nouveau Roi devant le Parlement, où l’éminent Felipe VI devra prêter serment de fidélité à la Constitution et aux Lois et respecter les droits des citoyens et des Communes Autonomes.

Cela signifie que demain même, le Parlement espagnol pourra approuver la loi organique de référence et donner pour effective l’abdication et qu’en ces prochains jours Felipe VI sera proclamé le nouveau Roi d’Espagne. Monarchistes et antimonarchistes, Catalans et Basques, indignés et membres de l’establishment attendent anxieusement ces évènements. Le pouls des madrilènes et de toute l’Espagne s’est accéléré en cette matinée ensoleillée.

Le Prof. Dr. Hernan Adrian Gomez est avocat, doctorant. Professeur invité à l’Université Polytechnique de Madrid.

 

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1 Commentaire

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Pour ceux qui n’ont pas vécu cette époque, précisons que la situation du roi Juan Carlos est assez différente de celle des souverains européens qui ont abdiqué récemment, le roi Albert de Belgique et la reine Beatrix des Pays-Bas. Ceux-là tenaient leur trône d’une succession dynastique ininterrompue. Si Juan Carlos est bien le petit-fils du roi Alphonse XIII, il fut proclamé roi d’Espagne en 1975 par la seule volonté du général Francisco Franco. En 1931, le roi Alphonse abdique et la République est proclamée. Elle succombe après 3 ans de guerre civile en 1939 et la victoire des nationalistes. Franco devient « caudillo » (chef de l’Etat). Si en 1947 l’Espagne redevient théoriquement un royaume, Franco reste au pouvoir jusqu’ à sa mort en 1975. Aprés avoir longtemps laissé planer le doute, il désigne en 1969 Juan Carlos comme son successeur, en prenant soin de préciser qu’il tiendra son trône du « movimiento » né en 1936, en non du principe dynastique. Il ne veut pas de l’héritier direct Juan de Bourbon, père de Juan Carlos, jugé trop libéral; mais il a fait éduquer son fils en Espagne en . Artisan d’une transition démocratique rapide menée par son premier ministre Adolfo Suarez (1976-81), le nouveau roi gagnera vite la sympathie de son peuple et sera légitimé par la constitution de 1978 adoptée par référendum. Mais si la reconnaissance des Espagnols est acquise à Juan Carlos pour son rôle dans la « transicion », il n’en est pas de même du principe dynastique. Son fils Felipe tiendra son trône de la constitution mais devra se faire accepter. La force de la monarchie réside dans le fait qu’elle est un principe d’unité: unité territoriale dans un pays divisé en « nations » (castillans, catalans, basques…), et unité politique entre les héritiers des combattants de la guerre civile: la démocratie restaurée satisfaisait les républicains, la monarchie rassurait les héritiers du franquisme.