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Simplicité de Carême… (Maurice)

Connaît-on Maurice Carême (1899-1978) ? Pour quelques comptines apprises à l'école, on sait peut-être que cet instituteur belge, ami des enfants, cherchait « une forme si dépouillée, si simple qu’elle deviendrait transparente comme une vitre sous laquelle on verrait battre le cœur du poète ». Mais on sait moins qu'il fut l'auteur, dans sa maturité, de nombreux poèmes chrétiens. L'émmerveillement, la gravité, la justesse de l'enfance y prennent l'âme par la main pour la consoler, lui redonner le sens du drame et la remettre en route.

 

Ce n’est pas la mort
 
Non, ce n’est pas la mort qui vient là-bas
Avec un panier plein de pommes sous le bras,
 
Mais une vieille étrangement courbée
Sous le poids du soleil, des fruits et des années ;
 
Une femme – oh ! à peine plus âgée que toi ! –
Qui va peinant sur le chemin étroit.
 
Ses cheveux blancs ont plus de transparence
Que les branches d’un arbre où la lumière danse
 
Et ses yeux où plus rien ne reste de charnel
Sont d’un bleu qui paraît presque irréel.
 
Elle avance à pas lents, tout étonnée
D’avoir même oublié le jour où elle est née.
 
Bien qu’il ait devant lui l’éternité,
Dieu ne refait jamais le même grain de blé.
 
 
 
 
Pourquoi avez-vous fait
 
Pourquoi Seigneur, avez-vous fait
Le monde si pur et si beau
Que notre pauvre amour en est
Comme le suprême défaut
 
Pourquoi faut-il qu’en nos allées
Comme à l’orée de la bruyère,
Votre haute croix soit dressée
Dans le vent ourlé de lumière ?
 
Comment voir clair dans notre vie,
Si vive lorsqu’elle nous mène
De la marjolaine à l’ortie,
Comme brebis qui va ravie,
Une croix rouge sur sa laine.
 
 
 
 
Marie
 
Être si simple, être si pauvre
Qu’on serait près de vous, Marie,
Dans une cuisine bleuie
Par l’ombre en prière d’un saule ;
 
Etre près de vous, plus caché
Que ne l’était aux yeux du monde,
Sous le rabot du charpentier
Un copeau de lumière blonde ;
 
Avoir le cœur si dépouillé
Qu’on puisse vous imaginer
Coupant le pain, versant le vin
 
Et levant doucement les mains
Pour frotter votre tablier
D’ou les miettes tombent sans fin.
 
 
 

 

Maurice Carême, Dans la main de Dieu,

Les éditions ouvrières, Paris, 1979.

 

 

AUTRES ARTICLES SUR LA POESIE: 

 

On pourra lire également la récente parution de ces poèmes dans 

L'Evangile selon saint Carême, L'âge d'homme, Lausanne, 2013. 

 

 

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6 Commentaires

  1. katyangy

    un homme extraordinaire… simplement merveilleux…

    ses poèmes arrivent jusqu'au but de l'ame pour lui lire dedans et la remettre sur la route lue.

    je remercie l'auteur parce que pendant que je les lisais.. ils  m'ont conduit à ma route…

    voir un coeur battre c'est lire dans son ame…

    it is breathtaking…

     

  2. katyangy

    Thanks Terre de Compassion,

    Sonnets 116 (Shakespeare)

    "Je remercie Dieu pour m'avoir donné vie pour ces deux minuts-la… pour m'avoir permis d'écouter le regard de son ame" (Avril)

    Youtube – Draw me close – Hillsong

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