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Amour vrai, poème de Peter Bouss

Qu'elles soient politiques ou religieuses, les bonnes intentions pavent notre conscience. Complices du divertissement, on immole sur l'autel de la communication la vérité de l'être, la vérité de parole, la profondeur de l'expérience. Dans cette délectation de la superficie, on se rassure par la générosité de nos valeurs. Autant de slogans à l'emporte-pièce qui n'emportent pas notre cœur. 

Est-on tenu de ne présenter qu'une affable figure de ressuscité ? Cette candeur affectée prétendrait-elle dominer le visage même de celui qui a pourtant été accroché si haut que nous ne pouvons que lever les yeux pour apercevoir son ahurissante lumière ? En vérité, ce dont le monde a soif, comme du reste, chacun de nous, c'est de rencontrer quelqu'un « qui marche véritablement sous le regard du Père », fût-ce dans les larmes, comme nous le confiait le poète chilien, athée par défaut de vérité suffisante, Raúl Zurita. 

Telle est la douloureuse espérance du poète. Le jeune allemand Peter Bouss tente de la porter à bout de bras en arpentant les gloires périlleuses de la forme ancienne. Saisi à la gorge par le mensonge ambiant, il préfère risquer les abîmes de la mélancolie plutôt que cette coupable médiocrité qui prétendrait évacuer le drame. Car on ne peut rien exclure de la réalité sans se couper par là même de la possibilité de vivre un "Amour vrai".

 

De la Tour, Marie Madeleine au miroir

 

Amour vrai

 
Autant l’éventail et le catalogue
laissent tout déformé, bancal,
d'un premier échec, toujours devant moi,
le rêve me hante, grand et sublime.
 
Et rien ne m'a sauvé de la longue recherche,
d’un cri désespéré, immense,
le vide reste là et sa malédiction
et les amours superficiels.
 
Et si l’affreux sourire ne briguait pas
que le déjà connu, sombre et livide,
le drame répondant à sa mesure,
quelqu'un saurait-il donc mourir pour moi ?
 
Une brume épaissit ce triste cœur,
distraite obéissance à la routine,
au noir de la douleur, ce brusque trait :
« Je suis. Voici ma vie. Donnée pour toi ». 
 
 

Echte Liebe

 
Mich erfüllt ein Traum, groß und erhaben,
auf das erste Scheitern ich sofort treff‘,
die große Auswahl des Katalogverfahrens
hinterlässt alles verzerrt und veräfft.
 
Nichts bewahrt mich vor der langen Suche,
dieser laute, niedergedrückte Schrei,
die Leere steht da mit ihrem Fluche
jener oberflächlichen Liebelei.
 
Wenn doch das böse Lächeln nicht würbe,
das erkannt Geglaubte, dunkel und blass,
Frag‘ ich mich, ob jemand für mich stürbe,
dem Drama zur Antwort in seinem Maß.
 
Nebel liegt auf dem armen Herzen,
zerstreuter Gehorsam für die Routin‘,
Doch dringt ein Ruf bis in tiefste Schmerzen:
„Ich bin. Mein Leben, ich gab’s für dich hin.“
 
 
 
Peter Bouss ©, traduction Denis Cardinaux
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2 Commentaires

  1. MCD

    Danke für dieses schöne Gedicht dessen Titel "Echte Liebe" so schön klingt.Ich hatte noch nie von Peter Bouss gehört.J'ai lu,relu et relu…fait une recherche sur Marie-Madeleine au miroir…au fait Gratuliere für die Uebersetzung!! Félicitations pour la traduction ….MCD