Home > Style de vie > Jeune, que cherches-tu ?

La rentrée scolaire approche. Plongés dans le confort et la facilité, les étudiants portent aussi de manière toute particulière la quête du sens de la vie. Peter Bouss pose un regard douloureux mais plein d'espérance sur sa génération.  

Un simple regard dans le métro suffit à le démontrer : fatigue et mélancolie sont dans l’air. Les nouveaux smartphones et tablettes apportent les dernières actualités. Les casques transforment le voyage en un opéra ou un concert de rock. Tout est vécu dans une demie-attention. On s’énerve au même instant sur son chef, sur des problèmes familiaux ou sur sa nouvelle amie, tandis qu’intérieurement, on prépare le prochain exposé tout en rêvant de visiter un autre pays. Toutes les portes sont ouvertes à la fois.

Nos grands-parents sont heureux de nous voir étudier. Il paraît convenu – c’est là notre héritage – de ne se faire aucun souci, d’avoir un toit sur la tête et d’avoir assez à manger. Pour nous, j’entends par là la génération actuelle des étudiants, cela est tout à fait normal. Nous n’avons pas été habitués autrement. Cela nous semble tellement acquis que la perspective de passer une vie entière à fainéanter ne changerait rien à cette certitude. Mais finalement, il se peut que ce confort matériel, consciemment ou inconsciemment, soit responsable de notre vide. Car la nostalgie humaine n’est pas assouvie. « Etudier, obtenir un bon diplôme, mener une belle carrière, gagner beaucoup d’argent ». Autant de perspectives très médiocres qui sonnent comme les motivations d’un esclavage dissimulé.

Une vie d’étudiant devrait constamment se mobiliser pour de grands engagements philosophiques ou politiques. Mais aucun thème n’apparaît assez important – ni l’environnement, ni l’égalité de la femme, ni les différences entre les pauvres et les riches, ni aucun des nombreux autres points présents sur les programmes des partis politiques – pour distraire, au-delà d’un intérêt passager, du stress et de l’effort des études.

Observer tout cela me fascine et m’inquiète à la fois. Tout est là et pourtant, tout nous manque. Une phrase contradictoire qu’un regard intense et vagabond sur les visages qui nous entourent ne pourra que confirmer.

Cette question ne devrait-elle pas être posée à notre génération : « Homme, qui es-tu ? » – « Homme, pourquoi vis-tu ?» – « Homme, pourquoi te lèves-tu le matin ? » On ne trouve que rarement l’ébauche d’une réponse. Plutôt l’indifférence : mieux vaut se préoccuper des petits bonheurs, de la prochaine fête ou des prochaines vacances.

« Homme ? »

Mais une espérance demeure en moi. Que notre génération soit reconnue plus tard, dans les livres d’histoire, comme celle qui aura trouvé le bonheur, comme celle qui aura porté la Question à propos de l’homme, du sens, du but, de Dieu. Et qui aura reçu une réponse. 

Traduit de l'allemand par DC

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