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Le saut à ski, une passion polonaise

La discipline olympique fait l’objet d’un engouement particulier chez les polonais derrière leur vedette Kamil Stoch. Découverte de ce sport à la croisée du ski et du vol.

Imaginez-vous quelques instants au sommet de la montagne. Vous chaussez vos skis, vous vous penchez en avant et dévalez la pente. A l’instant opportun, à pleine vitesse, vous vous lancez dans les airs pour vous poser au pied de la montagne. Voilà en quelques mots à quoi ressemble un sport comme le saut à ski. Il est évalué par la longueur et l’élégance du saut autant que de l’atterrissage. Les sauteurs à ski polonais, qui ont remporté de nombreuses compétitions, dont la coupe du monde, sont les héros de l’hiver dont tout le pays est fier.

Pourquoi ? Difficile de répondre à cette question… Peut-être parce qu'ils incarnent la liberté : dans l'air ils semblent être comme des aigles s'élevant vers le ciel. Ou peut-être à cause du courage : qui d'entre nous oserait faire une telle folie ? La popularité du saut à ski est certainement le fruit de ces vertus combinées : liberté, courage, pugnacité, persévérance et surtout la modestie des sauteurs polonais. 

Leur leader actuel Kamil Stoch, vainqueur de nombreuses compétitions, un des sauteurs les plus titrés au monde, est un homme paisible et réfléchi. Il est aussi un homme plein d’une foi qu’il n'a pas peur de montrer en public. Lors du gala des athlètes 2017, quand on lui demanda qui il voulait remercier pour cette année de succès, il mentionna tout d’abord Dieu. Il en fit de même après la médaille d’or obtenue aux JO de Pyeongchang (2018).

La grande fête de Zakopane

Le tournoi de saut disputé à Zakopane en Pologne est une véritable évènement sportif. Pendant deux jours à la mi-janvier, des milliers de personnes habillées aux couleurs de la Pologne, viennent admirer et encourager les sauteurs à ski, non seulement les leurs, mais aussi ceux des autres nationalités qui méritent le respect pour leurs efforts et l'unicité de ce sport. Pendant la compétition l'atmosphère ressemble à celle d’un réveillon, et les noms des sauteurs sont dans toutes les bouches en Pologne. Ce qui est fantastique en cette période, c’est que chacun laisse de côté les disputes politiques ou autres dissensions d’opinion. L’important c’est le saut. 

Des familles entières sont réunies, toutes les générations acclament leurs favoris, de père en fils, de grand-père en petit-fils. La beauté du saut réside aussi dans son motif universel : que le meilleur gagne ! C’est à dire, celui qui saute le plus loin dans le meilleur style, mais toujours dans le respect des adversaires et l’égard pour leurs efforts.

Une longue tradition du saut

Le phénomène du saut à ski en Pologne a une longue tradition remontant aux Jeux olympiques d'hiver de Sapporo où en 1972 Wojciech Fortuna remporte la première médaille d'or hivernale dans ce domaine. La véritable folie, comme on peut l'appeler, commence en 2000 avec l'arrivée d'Adam Małysz, un homme extrêmement gentil qui devient une vedette mondiale dans la discipline. C'est lui qui a initié le grand enthousiasme et la véneration des Polonais pour le saut à ski, on appelle cette époque la "Małyszomania" du nom du  sportif connu de tous de la Baltique aux Tatras. Une petite taille mais un grand esprit résument bien sa personnalité qui, des années durant, attira l'attention de tous. A plusieurs reprises il surclassa littéralement ses adversaires. Lorsqu’il répondait aux interviews, il se contentait de dire qu’il essaie de faire de son mieux ce qu’il aime le plus. C’est dans cette lignée que le jeune Kamil Stoch, ayant grandi dans l’aura de son prédécesseur, commença à sauter avec lui dans l'équipe nationale polonaise. Il montrait ainsi que dans la vie, rien n’est impossible, puisqu’il a réalisé les plus grands rêve d’un sportif aussi bien que ceux de ses admirateurs : trois médailles d'or olympiques pour la Pologne, ce que depuis Wojciech Fortuna personne n'avait réussi, ainsi que la médaille de bronze à la tête de l’épreuve par équipe.

Le saut est un sport plein de passion et les grands sauteurs savent qu'ils prennent beaucoup de risques dans les airs. Peut-être parfois ont-ils le sentiment qu'ils ne sont pas seuls durant ce vol. L'histoire du saut à ski est pleine de gens qui doivent faire face à beaucoup de choses dans leur vie, mais le plus important est cette force intérieure qui leur permet de grands succès et les aide à se relever après un échec inattendu.

Un sport qui unit

A ce stade on pourrait se demander pourquoi le saut à ski est-il un sport si spécial pour les Polonais. Est-ce uniquement parce que nous avons de bons sauteurs, de belles victoires dans les arènes internationales ?

Non. Le saut est si spécial parce qu'il crée des relations sans précédent. 

Deux semaines avant les Jeux olympiques d'hiver, une semaine après la grande victoire mémorable du Tournoi des 4 sauts, Kamil Stoch est au seuil du tremplin de Zakopane devant son propre public en liesse, la foule enthousiaste applaudit, elle veut une autre victoire. Le maître commence la descente, se lance dans les airs et tombe sur la piste. Une foule de trente mille personnes est silencieuse, pétrifiée, incrédule. Très mauvais saut, l'un des pires sans aucun doute. Quelques secondes passent, le sauteur s'arrête. Puis les fans se remettent à l’acclamer et le remercient de l’avoir fait pour eux. Inoubliable. Le maître qui tombe et la foule qui le soutient mentalement en scandant son nom malgré l’échec. C'est la relation entre l'athlète et les supporters, qui comprennent que pour gagner, il faut aussi pouvoir perdre.

Deux semaines plus tard, Kamil Stoch remportera la médaille d'or sur la grand tremplin des Jeux Olympiques de PyeongChang.

 

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