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Marguerite Bays, la sainte du quotidien

« La sainte du quotidien » : c’est en ces termes que le pape François a décrit la vie de Marguerite Bays, la sainte fribourgeoise canonisée le 13 octobre dernier à Rome. Une canonisation qui a été un moment de paix et de joie surprenante pour ceux qui étaient venus de Suisse pour fêter une « sainte de chez nous ».

 

Portrait de Marguerite réalisé par le peintre valaisan Roger Gaspoz 

 

Marguerite est une femme du 19e siècle, morte en 1879 à 63 ans. Des 5 bienheureux canonisés à Rome le 13 octobre, elle était la seule laïque, la seule non religieuse. Couturière, elle a toujours vécu et travaillé dans sa famille à Siviriez, près de Romont, à 30 km de Fribourg. 

La famille était pauvre, paysanne, elle était la 2e de sept enfants. Intelligente et vive, elle a suivi l’école, ce que ne faisait pas tous les enfants alors, elle allait à la messe tous les jours, lisait l’évangile, ce qui était rare à l’époque. Devenue tertiaire franciscaine, elle a été très proche du monastère trappiste de la Fille-Dieu, à Romont. Elle y fera des retraites et devint la grande amie de la mère abbesse, sa filleule. Cela est déjà particulier. Encore plus exceptionnelles sont ses stigmates. Souffrant d’un cancer aux intestins, elle guérit de manière miraculeuse le 8 décembre 1854, jour où le pape proclame le dogme de l’Immaculée conception. Peu après apparaissent les stigmates sur les pieds, les mains et au côté. Elle vit aussi des formes d’extase, participant intensément aux douleurs de la passion du Christ entre le jeudi soir et le vendredi 15h. Elle cache cela comme elle peut, mais cela se sait et attire l’attention des gens. L’évêque envoie un médecin et des théologiens de l’Université de Fribourg pour contrôler ces manifestations exceptionnelles. La conclusion du rapport est qu’il n’y a pas ni tromperie ni mise en scène. Mais j’ai été frappé de constater que le pape François n’a pas parlé des stigmates ni de la spiritualité mystique de Marguerite. Et notre évêque Mgr Morerod non plus.

Marguerite va vivre aussi une autre forme de participation à la Croix, cette fois au sein de sa famille. Son père est un enfant illégitime, un statut honteux à l’époque. Son frère aîné fait un enfant à une servante. Marguerite demande et obtient que l’enfant ne soit pas placé dans un orphelinat, mais qu’il reste dans la famille. « Je m’en occuperai », disait-elle. Et elle le fera. Une de ses sœurs revient à la maison très blessée et amère après un mariage qui tourne mal. Un de ses jeunes frères, abusé sexuellement sur les alpages, devient alcoolique et violent. Quand il rentre ivre à la maison, on l’envoie dormir dans l’écurie et c’est Marguerite qui va le couvrir, le nourrir et qui s’en occupe. Il deviendra un des grands défenseurs de la sainteté de Marguerite.

Il y a encore le frère aîné, qui épouse une autre servante, laquelle veut commander à la maison et se montre est très dure avec Marguerite, qu’elle accuse de traîner au lit et de faire semblant de vivre la passion. Marguerite supporte tout. Et quand sa belle-sœur tombe gravement malade, elle n’accepte qu’une seule personne pour la soigner, et c’est Marguerite. Sa prière, sa patience, son acception des souffrances et des circonstances ont ainsi créé lentement, avec les années, un climat de paix et d’unité dans une famille qui, par bien des aspects, ressemble à nos familles d’aujourd’hui. Elle guérit les cœurs et crée l’unité. Cela se produit aussi dans sa région, dans les fermes où elle va pour son travail. Elle recueille les confidences et aide les gens à prier. Comme l’a dit le pape François dans sa prédication : « Sainte Marguerite nous montre combien la prière simple est puissante, de même que la patience endurante et le don de soi silencieux : à travers ces choses, le Seigneur a fait revivre en elle, dans son humilité, la splendeur de Pâques. C’est la sainteté dans le quotidien ». Marguerite n’a fait que des choses à la portée de tout le monde : la prière du chapelet, des pèlerinages à Einsiedeln, la messe quotidienne et la lecture de l’Évangile, le souci des enfants de la paroisse à qui elle faisait le catéchisme, la confession régulière. Et bien sûr, la présence de Jésus dans son cœur. Elle montre ainsi que la sainteté n’est pas réservée à une élite, à des personnalité hors du commun comme Mère Teresa ou sainte Thérèse d’Avila, qui avaient des dons exceptionnels. La sainteté est un chemin pour tous.

 

Le portrait de Marguerite Bays, dans la chambre de la Pierraz où elle a vécu. Photo : Source

 

Et que nous dit cette canonisation ? Pourquoi est-il heureux et précieux de participer à un tel événement ? Lors de la veillée de prière à Rome, Mgr Morerod a cité le cardinal Ratzinger, qui disait que la vie chrétienne se découvre par les oreilles et par les yeux. Les oreilles disent l’importance de la Parole de Dieu, de l’annonce de Jésus. Mais il faut aussi voir. Et c’est pour cela, disait le cardinal Ratzinger, que le pape Jean Paul II béatifie et canonise à tour de bras. Pour nous permettre de voir l’amour de Dieu sur le visage des autres. Quand je regarde Marguerite, je vois un peu mieux qui était Jésus. Et la canonisation est l’occasion de dire merci à Dieu pour la manifestation de son amour à travers des personnes qui nous ressemblent, nous simples laïcs. En plus, elle vient de chez nous. « On croit qu’elle est proche de nous, qu’elle nous écoute davantage parce qu’elle est de chez nous », a dit Mgr Morerod.

Tout cela est vrai. Je pourrai parler longtemps des grâces que j’ai reçues par l’intermédiaire de Marguerite. J’ai vu, clairement vu, qu’elle écoute quand on s’adresse à elle, même si tout ne se passe pas comme prévu. Dans les jours qui ont précédé et suivi sa canonisation, on a pu lire et entendre plusieurs témoignages de gens guéris, de gens sauvés. Que pouvons-nous demander à Marguerite ? Tout, absolument tout. Mais surtout de lui ressembler, donc d’aimer Jésus davantage chaque instant, chaque jour et surtout chaque nuit – parce que la souffrance est plus grande la nuit -, lui demander de devenir transparent à la volonté de Dieu. Comme l’a dit encore Morerod : « Marguerite nous aide à dire à Dieu : ‘Je ne sais pas ce que Tu veux de moi, ce que Tu veux faire de moi, mais aide-moi à me mettre à ta disposition’. Alors il y aura d’autres saints parmi nous, et d’autres canonisations de gens tout simples comme Marguerite ».

C’est une prière que nous pouvons faire tous, une prière qui nous permet d’entrer « dans une paix profonde, silencieuse, cachée, que le monde ne voit pas », comme l’a dit le pape François en citant le cardinal Newman, nouveau saint lui aussi.

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