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Les Syriaques : mais qui sont-ils?

D’une langue, le syriaque, il advint un peuple. Le docteur Amine Jules Iskandar, Président de l’Union syriaque maronite Tur Levnon présentera à travers plusieurs articles qui seront publiés sur Terre de Compassion, l’origine de la langue syriaque, son influence sur l’architecture, la musique, la langue moderne du Liban. Ce premier article nous aidera à comprendre qui sont les Syriaques, quelles sont leurs origines.

 

Pour commencer, revenons à travers ces cartes géographiques du Proche-Orient, à la naissance de cette langue sémitique :

 

Topographie du Levant et du Moyen-Orient

 

Comme nous pouvons remarquer sur cette carte de la région du Levant et du Moyen-Orient, la partie nord est entièrement araméenne, et la zone syriaque n’est que dans l’extrême Nord, soulignée ici par une ligne rouge.

Cette région est en fait la partie hellénisée. Les anciennes langues sémitiques ont  été ici fusionnées avec le grec. Elles se sont ensuite christianisées, ce qui a permis au vocabulaire grec d’enrichir la langue locale, parce que la nouvelle culture chrétienne avait besoin d’une nouvelle terminologie pour sa propre théologie. C’est le grec qui lui a fourni cette nouvelle terminologie. Comme cette région était appelée Provincia Syria par les Romains, les chrétiens locaux ont adopté ce nom pour leur nouvelle langue et leur culture.

 

Carte 2 : Frontières modernes

La carte 2 montre la région avec les frontières modernes : à l’intérieur de la zone rouge, on peut voir de gauche à droite :

  1. Le Liban.
  2. En remontant vers Antioche, la capitale spirituelle des églises syriaques, puis vers l’Est, Alep dans la Syrie moderne et Edessa dans la Turquie moderne. Edessa était la capitale de la langue ou de la culture syriaques.
  3. Plus à l’Est, se trouvent Mardin puis Tur Abdin, toutes deux dans la Turquie actuelle. Tur Abdin est une montagne comme le Liban. Son nom signifie « Les Adorateurs de Dieu ».
  4. Et enfin, à l’extrême Est, nous descendons dans la plaine de Ninive, dans l’Irak moderne.

La partie occidentale de la zone rouge indiquée ici est Canaan, ou terre des Cananéens ou des Phéniciens. La partie orientale est la Haute Mésopotamie. Alors, qui en sont les habitants ?

Diagramme des peuples Syriaques

 

Comme indiqué dans le diagramme ci-dessus,  le peuple syriaque actuel a trois origines : Les Cananéens, les Araméens, et les Mésopotamiens. C’est lorsque ces trois peuples ont été hellénisés et christianisés qu’ils sont devenus syriaques, sans jamais pour autant perdre leurs origines spécifiques, jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, les Cananéens (en bleu dans le diagramme) sont devenus aujourd’hui des Maronites et des Roum, les Maronites étant la branche catholique. Les Araméens (en rouge dans le diagramme), ainsi que les Mésopotamiens, sont devenus les Syriaques orthodoxes d’aujourd’hui, avec une branche catholique connue sous le nom de Syriaques catholiques. Et les Mésopotamiens (en vert dans le diagramme), sont devenus les Assyriens d’aujourd’hui, avec une branche catholique : les Chaldéens.

Pourquoi se sont-ils divisés en autant d’églises ?

Les Mésopotamiens, aussi appelés Syriaques Orientaux, se sont séparés des Syriaques Occidentaux après le Concile d’Ephèse en 431. Nous pouvons les voir ici dans la partie inférieure du diagramme ci-dessous. Ils sont devenus l’Église orientale qui s’est ensuite divisée en Assyriens et Chaldéens (les Chaldéens étant la branche catholique).

 

 

Plus tard, en 451, le concile de Chalcédoine provoqua une seconde scission. Lors de ce concile, l’empereur Marcien condamna le monophysisme 1)Le monophysisme affirme que le Fils n’a qu’une seule nature et qu’elle est divine . En plus de cette volonté d’unifier l’Église et son dogme, l’empereur a essayé d’introduire une unification culturelle en imposant sa langue grecque. Cela a conduit à une nouvelle scission qui a entraîné la création de 3 Églises syriaques occidentales (partie supérieure du diagramme ci-dessus) :

  1. Le premier groupe a rejeté Chalcédoine entièrement dans le dogme et la culture. il formera l’Eglise appelée Monophysite, puis Jacobite, et aujourd’hui Syriaque Orthodoxe (d’où provient l’Eglise Syriaque Catholique).
  2. Le second groupe a accepté le dogme chalcédonien et avec lui la liturgie et la langue grecque. Ceux-là furent appelés Roum et plus tard Grecs orthodoxes (d’où viennent ensuite les Grecs catholiques).
  3. Le troisième groupe a accepté le dogme chalcédonien et l’unité de l’Église, mais a insisté pour préserver sa liturgie, son identité et sa langue syriaques. Ces chrétiens furent appelés les Syriaques de Beit Morun, les Maronites d’aujourd’hui.

Si nous prenons l’exemple du Liban, le syriaque était couramment utilisé jusqu’au XVI° siècle mais peu à peu, il a été remplacé par l’arabe, et ne subsiste plus que comme langue liturgique. Ceci dit, il est remarquable de voir l’influence du syriaque dans le dialecte libanais, dans son architecture, dans ses vallées et ses grottes pleines de trésors artistiques et historiques, de ses sanctuaires monastiques, qui témoignent de la présence du christianisme et de la spiritualité syriaque.

 

References   [ + ]

1. Le monophysisme affirme que le Fils n’a qu’une seule nature et qu’elle est divine
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